
Docteur Paul Chauchard, neuro biologiste et neuro pédagogue, Président honoraire de la Sorbonne : " Mon livre Zen et cerveau est sorti de mon amitié avec Deshimaru. Mes recherches neuro physiologiques et celles des professeurs japonais Akishige, Iraï et Ikémi ont montré que dans la pratique du zen, on est pas parti je ne sais où, dans une espèce d'état d'auto hypnose mais dans un état de calme - vigilance.
Au fond, dans le zen, on est plus normal que les anormaux que nous sommes dans notre civilisation occidentale. Faire évoluer la conscience : tout est précisément là. L'être humain a une conscience, chacun a sa conscience personnelle et puis ça va...
En réalité, en nous rien n'est statique et tout peut évoluer. Evolution veut dire changement. Il est bien évident que si l'on veut faire évoluer la conscience, ce n'est pas pour la faire évoluer n'importe comment ni pour la détériorer, mais pour la faire progresser. En général, on parle d'un point de vue moral : il n'y aurait en quelque sorte aucune position commune. Chacun choisirait suivant ses options philosophiques et religieuses.
Je vais apporter un autre point de vue, celui de la neurophysiologie. Je vais attaquer un tabou : (4 La science ne rencontrerait pas les valeurs dont elle n'a rien à dire sur le domaine de la conscience et sur le bien et le mal... » [...]
Avoir bonne conscience est le cas de ceux qui sont assis dedans... mais qui sont obnubilés par des complexes inconscients. Scientifiquement, sera bon, sera mauvais, ce qui est conforme ou opposé à notre fonctionnement cérébral. Si nous voulons être équilibrés, nous devons utiliser les lois cérébrales. Se connaître soi-même, c'est avant tout se connaître tel que l'on est. Donc notre corps et notre cerveau sont responsables de toutes activités psychologiques et spirituelles. Etant libérés de nos contraintes instinctives et névrosés, nous agissons suivant les usages que nous avons reçus. L'instinct a permis à l'espèce de survivre. Les usages peuvent être tout à fait discutables et peut-être nocifs.[...] Je n'insisterai pas longuement sur les tares de cette société occidentale appelée "de consommation" qu'il vaudrait mieux appeler "de mauvaise consommation" avec ses conséquences : maladies de civilisation, ne respectant pas les lois de notre équilibre biologique... Il en résulte l'agressivité, la drogue, etc.
Kessler a dit : « L'homme est mal élevé car on ne lui a pas appris à se conduire correctement, en Homme. »
De plus en plus, les gens de notre société peuvent être qualifiés de "cérébraux".
En neurophysiologie, un "cérébral" est cet intellectuel qui vit en dehors de la nature, de son corps et dont le symbole est Jean-Paul Sartre qui nous disait : « Depuis mon enfance, j'ai horreur de la nature, je vivais enfermé dans la bibliothèque pour tout lire, écrire et penser. »
Un tel cérébral ne sait pas utiliser son cerveau, précisément il ne l'a pas appris. Nous avons besoin de vivre une véritable révolution culturelle !
Au lieu de prendre des pilules pour soigner le "malade humain" (Kessler), en réalité on peut apprendre à se servir de son cerveau en sortant de ses préjugés dualistes. Tel Descartes qui séparait le corps de l'âme, le psychisme, en se demandant à quel endroit du cerveau l'âme spirituelle pouvait agir...
La science nous dit que toutes nos propriétés supérieures humaines n'existeraient pas si elles n'étaient pas en germe dès le niveau d'origine.
Donc, les amibes ont déjà un psychisme complexe. (...)
Dans le domaine de la conscience, nous pensons qu'elle est la conscience pensée-réfléchie humaine s'expliquant par la verbalisation de notre 'moi' dans le cerveau. En réalité, il y a, bien avant cette "réflexo-conscience humaine", dès le début de l'amibe, infusoire que j'évoquai : un niveau de conscience.
La conscience humaine est essentiellement une bio-conscience. Louis Lapic dit : « La conscience est une propriété de la cellule vivante, utilisez tous les fils électriques et tous les robots que vous voudrez, vous n'aurez jamais véritablement de conscience. »
Il terminait sa vie, matérialiste, franc-maçon, en indiquant: « l'âme cellulaire ou la conscience cellulaire. Qu'est-ce que la conscience humaine ? C'est au niveau des centres nerveux l'intégration de toutes les consciences cellulaires élémentaires... » [...] La solution est de se connaître, soit l'art d'utiliser son cerveau. Le développement de Mac Lean sur la hiérarchie des trois cerveaux
nous parle de la non-conscience et de la non-pensée, nous rapprochant de nos amis du zen. Je dirais que la conscience est la non-conscience car si nous pensons que la conscience supérieure est la conscience réfléchie humaine, eh bien, nous avons en nous des niveaux de type animal, non réfléchis dont on doit tenir compte.
L'erreur que nous faisons : notre conscience est quelque chose de psychologique et de spirituel, on ne sait pas du tout d'où elle sort.
Elle semble coupée du corps.
La conscience-expérience humaine est le niveau supérieur d'une hiérarchie valable si nous restons en rapport avec ces niveaux inférieurs de conscience qui sont développés au maximum chez l'animal.
Autre aspect : les choses intellectuelles sont froides car nous avons coupé l'affectivité de la rationalité. [ ...]
Le niveau supérieur de la psychologie humaine est précisément l'Amour. De soi, de la nature, du prochain. C'est ceci qu'il s'agit de développer. Nous avons dans la base du cerveau des centres automatiques qu'on peut qualifier de centres de la "sagesse du corps". Réalité normale qui n'existe pas, par faute d'éducation.
Nos centres de l'attention, de la vigilance, de la santé... pourquoi n'arrivons-nous pas à les équilibrer? Nous pensons que l'attention est contraire aux lois du cerveau. C'est dû à notre coupure entre le corps et l'esprit. Pour s'équilibrer, il faut faire des actes de "relaxation"; pour nous, relaxation c'est totalement du négatif! Alors que c'est au contraire se mettre en état d'équilibre et d'harmonie.
Equilibre organique, immunitaire, hypothalamus. Cet hypotalamus : équilibre psychosomatique, holistique ; ne sachant pas que cela existe, nous ne nous en occupons pas ! L'animal normal, non dépravé par l'homme, est équilibré automatiquement. [ ...]
Ces centres sont équilibrés s'ils sont des centres de paix intérieure, de joie. Mais aujourd'hui, nous en avons fait des centres de l'angoisse. Nous avons peur de tout, angoissés, nous ne sommes jamais dans l'instant présent. Nous pensons à hier, à demain [...]
Alors pourquoi ?
Notre cerveau est fait pour contrôler nos centres. Ceux-ci dépendent de notre cerveau supérieur complètement déséquilibré [...] La conscience humaine est la pensée, la verbalisation du moi, de l'ego. Comme le cerveau droit, tel que le décrit le Prix Nobel Sperry, est muet..., on oublie son rôle moteur, sensitif...
Erreur totale. C'est précisément que la conscience humaine a pour responsable ce cerveau droit !
Enfermés dans un cerveau gauche désincarné, nous avons oublié le droit. Perdus dans les idées, les imaginations, nous sommes en déséquilibre, complètement.
Le secret de l'homme équilibré de bonne morale : « N'oublie pas ton corps calleux (faisceaux de fibres nerveuses qui unissent le cerveau droit et le gauche). » L'imagination est la folle du logis et tout en nous est image. [...]
On devrait dire pour l'équilibre cérébral : « Je sens donc je suis », plongés dans nos sensations, actes de sensations... [... L'humanisation des désirs, c'est contrôler ses désirs, se gouverner. Apprendre à faire correctement chaque geste de la vie quotidienne, dans la sensation en contrôlant l'attention, l'imagination. Eliminer ce qui nous déséquilibre.
Développer nos sens et notre corps.
Ne pas chercher à se mettre sur la tête et penser devenir les plus forts du monde, posséder des pouvoirs. Ce qui est exactement l'opposé du yoga. L'occidental activiste a beaucoup de mal à comprendre le yoga et le zen.
Il ne s'agit pas du tout de la culture de l'ego pour être le plus grand, le plus fort ou la dissolution totale de l'ego dans une conscience cosmique anonyme. [...]
Pour savoir si une méditation est bien faite ou mal faite, vous avez un moyen : le bilan neurophysiologique.
Qu'est-ce que l'ego ? Les Occidentaux pensent que puisqu'il existe, mon `moi' existe.
En réalité, mon `moi' est imaginaire.
Car, au lieu justement d'être à l'aise dans mon corps, sentir mon corps et ses positions, précisément, j'évoque tous les souvenirs qui sont liés à mon 'moi', les déséquilibres de l'enfance sur quoi insiste la psychanalyse.
Par hérédité ou troubles de l'enfance, je vais avoir un moi complètement apeuré et par conséquent un moi intimidé qui aura besoin de protection et ne saura pas où se mettre. Ou bien, sur-compensant ça, j'aurai un moi totalement agressif, totalement orgueilleux qui a besoin d'être au-dessus de tout.
C'est ce moi pathologique qu'il faut supprimer pour parvenir au vrai moi.
Il n'est pas quelque chose d'extraordinaire pour le neurophysiologiste, c'est cette synthèse de sensations qui viennent en particulier de la peau, des muscles, des zones pariétales du cerveau et que nous appelons l'image du corps.
C'est ce que nous sommes vraiment, ni un monstre de laideur ou quelqu'un de beau, d'extraordinaire et, effectivement, objectivement, accepter son véritable moi. C'est cela que nous permettent ces techniques venues de l'Orient.
L'Occident a besoin de ces bonnes pratiques, de ces méthodes orientales.
Il s'agit d'être dans une présence calme et heureuse à soi-même, au monde et aux autres. Art de vivre dans l'optimum et la mesure. [...]
C'est l'humour qui nous manque le plus ! [...]
L'Occidental se dit : « Oh, je vais avoir des pouvoirs extraordinaires » et il y voit une espèce d'exotisme qui le sort des difficultés actuelles et au fond, il veut être oriental pour ne plus être occidental...
En réalité, nous sommes maintenant en temps de convergence, de dialogues.
Bien exprimé par la pensée de Teilhard de Chardin : « Tout ce qui monte converge. ». Il ne s'agit donc pas, pour nous, de n'être plus occidentaux, mais de laisser les erreurs de l'Occident, cet occidentalisme, ce dualisme de coupure entre l'âme et le corps, la nature et la culture.
On peut s'aider du témoignage de l'Orient. L'essentiel est d'abord sur le sens du progrès vers lequel il faut aller, du sens du progrès d'Amour.
Là où l'homme s'apercevra que la non-pensée, c'est tout simplement cette pensée plus humaine du cerveau droit.
Au lieu de s'isoler dans l'intellectualisme, une pensée véritablement de communion avec le monde, les autres, nos chers amis les animaux pour ne pas les mettre en batterie, les torturant d'une manière extraordinaire.
(L'association Université Etre occident-Orient tient à la disposition des lecteurs l'intégralité de l'intervention du professeur Paul Chauchard.)
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