Intervention de Mr Charles Aubert lors du dernier colloque du FIPAM : VIOLENCES et SOCIÉTÉ
Quel paradoxe de voir des êtres apprendre à se battre tout en affirmant qu’ils suivent un chemin spirituel ! Quel paradoxe.
Serait-ce pour expurger toutes les violences qu’ils vivent ou éprouvent ?
Serait-ce pour être violenté ?
Serait-ce pour se protéger des autres et de leurs violences ?
Serait-ce pour ne pas blesser un agresseur éventuel et maîtriser la violence de celui-ci ?
Serait-ce pour s’affirmer, se sentir fort ?
Serait-ce pour se cultiver ou se développer physiquement ?
Serait-ce pour approfondir la connaissance de soi ?
Serait-ce pour devenir un de ces maîtres de sagesse légendaires que l’on voit dans les films ou dans les livres ?
Mais pourquoi ces gens donnent et esquivent coups de pieds, coups de poing et arme ?
Mais pourquoi ces gens s’inclinent-ils devant une photo ?
Que de questions autour de ces disciplines appelées « martiales » !
Probablement que nous pourrions trouver autant de réponses que de personnalités d’individus…
Je vous fais encore part d’autres interrogations d’un novice observateur et influencé par la rigueur mathématique :
Dans une relation, comment engendrer l’apaisement en émettant des attitudes guerrières ?
Doit-on passer par la production d’agressivité pour un jour la dépasser ?
Y aurait-il d’autres chemins ?
Un jour, j’ai été surpris de découvrir que d’autres façons de faire, et d’être existaient. Une sorte d’évolution de ce que je connais de ce que l’on appelle les budos. Mot dont nous avons entendu qu’il signifiait : « chemin à parcourir pour arrêter la lance ou déposer les armes ».
Cette autre manière d’agir était un peu comme si l’action naissait avant que la lance ne soit lancée…
Un peu, comme, si le lanceur changeait d’objectif avant d’agir ou en cours de réalisation de son action initiale de dualité.
Un peu comme si une action discrète sans dualité agissait avant la relation, puis dans celle-ci, tout en émettant de la compassion.
Comme si rien, ni personne n’était à violenter ; comme si l’agresseur se trouvait face à ses projections personnelles.
A observer, c’était grâce à une conscience de placement corporel et une gestuelle particulière que cela était possible.
Voici ce que j’ai vu :
Les pieds se plaçaient toujours en position optimale de propulsion pour se mouvoir aisément et précisément.
Le premier contact des pieds avec le sol étaient toujours avec la base des orteils sous la plante des pieds : ce qui produisait une mobilité importante, avec une précision d’horloger.
A y regarder plus près, il me semblait que c’était à la fois le centre de gravité, les chaines musculaires de propulsion et l’expiration qui étaient les moteurs des déplacements.
Je fus étonné également qu’en plus du bassin qui s’orientait, c’étaient les cuisses qui orientaient les pieds !
Les chevilles, les genoux et le bassin étaient mobiles et souples.
Ils paraissaient fonctionner de concert pour placer la personne qui accueillait la dualité, dans des positions qui montraient un équilibre, une ouverture et une tranquillité.
En fait le personnage pivotait autour d’un axe vertical en montant et descendant son centre de gravité.
Cette dynamique dessinait des spirales verticales qui n’entraient jamais en dualité avec le partenaire. Comme si le personnage accueillait l’autre qui était naturellement dirigé sans aucune violence, ni crispation ou dualité.
Auparavant j’avais vu des personnes bien campées sur leurs jambes, plus ou moins positionnées pour bien prendre appui sur le sol.
Un peu comme un cerf ou un taureau rassemblant sa musculature de poussée… avant d’affronter son concurrent pour gagner la direction du troupeau du troupeau.
Et là, rien de tous ces positionnements et de leurs traductions des comportements animaux.
Je voyais une moitié verticale de son corps étant un axe, autour duquel l’autre moitié verticale tournait, de manière centrifuge ou centripète.
Les deux hémicorps étaient alternativement axe ou moteur et direction.
Le partenaire se trouvant alors devenir un satellite autour de l’axe inter polaire de la Terre…
Axe qui reste vertical sans se pencher en avant, sans attitude transférant le poids du tronc vers le satellite.
Sans l’écraser ni le dominer en quelques sorte.
Quant au satellite, lui était amené à se recentrer en permanence, s’adapter et rester en contact.
En fait, le satellite qui était à l’origine dans le rôle de celui qui fournit une dualité se trouve transformé… sans que la personne « Terre » ne lui émette de geste de domination ou d’agression.
Et le Satellite se surprenant à sourire du changement de situation… passant de la dualité au sourire !
Jusque là, j’avais toujours remarqué des personnes se mettant en garde mutuellement.
J’avais aussi noté que durant les techniques, les épaules, les coudes, les poignets et les mains étaient dures et crispés.
Les positions des mains étant souvent, soit tendues comme des lames de sabre, soit fermées.
De sorte que l’expression des mains engendre, visuellement, mais sûrement en sensation physique, de la dureté, des ressentis de pouvoirs émis, de domination ; d’affection de l’intégrité en quelque sorte.
En fait, je me suis toujours interrogé sur les sensations de violence reçue que l’on doit vivre dans ces moments-là…
Ainsi, il m’intéressait de voir comment cet « axe à spirales dynamiques » utilisait ses bras et surtout qu’elles étaient les expressions de ses mains.
J’ai dû m’appliquer particulièrement dans mon observation pour comprendre…
La spirale verticale semblait se transmettre via les épaules qui, à leur tour, spiralaient les bras, les avant-bras, les poignets et les mains.
Les mains ne montrant jamais de dureté et d’expressions menaçantes.
Et même elles semblaient se poser pleinement et sans tension sur telle ou telle zone du corps de notre Satellite.
Tout cela participait à détendre notre Satellite qui changeait d’expression de visage.
Et la fin fut la cerise sur le gâteau !
J’avais toujours entendu parler de « casse », d’immobilisation, de supériorité, de gagnants, de perdants, de dominés et de dominants, de violence…
Notre axe terrien mettait en extension les chaînes musculaires de notre Sattelite en le guidant dans sa position et sa respiration… pour, disait-il, « libérer les tensions et les informations de dualité et de violences contenues dans les zones corporelles en question. »
Et notre Satellite de se relever, visage détendu, redressé, visage et position de corps transformés.
Notre axe terrien toujours tranquille et souriant, ouvert, sans garde et présent.
Où étais-je ?
Comment fonctionne tout cela ?
Voilà sa réponse : « en apprenant à gouverner son être tout en veillant à ce qu’aucune pensée ne s’incarne, en se mettant en mouvement d’une certaine manière et en restant dans un état d’ouverture et de compassion, nous éduquons notre être, alors l’humain évolue développant sa bioconscience. La violence, la peur se transforment alors en complémentarité des différences, pour construire ensemble et témoigner de cette réalité possible. »
Je n’ai pas encore entièrement compris cette réponse, mais, j’ai vu quelque chose de cohérent, dans laquelle les actes reflètent les mots prononcés.
Donc des changements sont possibles. Savoir ce que c’est ou qui a créé cette discipline n’est pas vraiment important ; c’est le principe d’évolution de l’héritage des anciens qui est important.
Merci de votre écoute.
