Bonjour,
Le journal El Budoka en espagne demanda à Me Daniel Lazennec un article sur les arts martiaux et la société. C’est avec un grand plaisir qu’il rédigea l’article ci-dessous et que j’ai l’honneur de vous transmettre au travers de ce blog.
Respectueusement.
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EVOLUTION DU JAPON
Avant l’évolution majeure de la société japonaise à la fin du XIX e siècle et au début du XXe, les techniques de guerre étaient appelées « Bujutsu ». Pratiquées par la caste des samouraïs et des ronins (samouraïs déchus ou mercenaires). Ces techniques se transmettaient par un maître d’armes, souvent de manière confidentielle et sélective. La transmission du savoir et l’autorisation d’enseigner étaient souvent attribuées aux fils ainé. Ici, comme dans les sociétés féodales, le droit d’ainesse prévalait.
Puis est arrivée la révolution industrielle et commerciale propulsant le Japon très rapidement vers « un autre monde », avec ses bouleversements sociétaux. Une nouvelle ère apparaissait dans laquelle les samouraïs disparaissaient ainsi que leurs codes.
BUDÔ et BUDÔKA
Certains maîtres d’armes ont eu alors l’intelligence historique de transformer leur discipline pour accompagner les changements de la société japonaise. Les BU-DÔ ont fait alors leur apparition. Notion de voie, de cheminement vers un but de construction personnelle selon un code comportemental issu de celui du Bushido. Les pratiquants portaient alors l’appellation de « BUDOKA ».
Un de ces maîtres d’armes a vécu l’expérience mystique qui a engendré des modifications majeures dans le BUDÔ : celle de la recherche d’harmonie, de non-dualité, de non-ego et de la Paix intérieure. Par là, ce Maître éveillé à la vraie nature du Vivant rejoignait les enseignements des Maîtres Zen. Ce fut l’apport de Morihei Ueshiba, Ô Senseï.
LA MIGRATION DES BUDÔ
Lorsque les Budô migrèrent vers d’autres contrées en sortant du Japon originel, de BUDÔ (« BU » signifiant « arrêter la lance et la déposer au sol » : image pour décrire à la fois l’efficacité du pratiquant et l’humilité de son ego ; puis « DÔ » présentant la notion de Chemin, de Voie, de discipline au sens profond de ce terme), les disciplines sont très souvent devenues progressivement des activités égocentriques. Egocentriques car dans ces contrées d’immigration, les codes sociétaux étaient différents de ceux du Japon des années 1950/60/70 ou même 80. L’individualisme, les modes de vie, la manière d’interpréter ce qui est vu sont différents.
Peu à peu, ces Hommes des sociétés dites « modernes » ont vu dans les BUDÔ des sports de combat plutôt que des voies d’évolution, de comportement et de développement personnels en relation avec le reste du Vivant, tendant vers une spiritualité. BUDÔ a été traduit par « arts martiaux ». Les codes des Budokas se sont émoussés. Ils survivent exceptionnellement. Les Dôjôs (lieu où l’on enseigne la voie) sont devenus des salles.
EVOLUTION NATURELLE
Mais comme toute transformation au cours du temps, d’autres chemins se dessinent.
Tout en restant lucides sur l’espèce humaine, nous constatons des changements radicaux dans les relations humaines et dans les relations des Hommes avec leur environnement :
- Entre les femmes et les hommes,
- Entre les personnes d’origine différentes,
- La crise financière internationale et ses conséquences de transfert des valeurs,
- La crise économique,
- La crise environnementale et les différentes pollutions,
- L’élection d’une personne métisse à la tête du pays la première puissance mondiale,
- L’évolution des comportements envers la nourriture, l’utilisation des richesses, le recyclage, etc.
LES ENFANTS DES BUDO
Les changements sociétaux ont forcément des incidences sur chaque personne et dans presque tous les domaines. Le monde des disciplines issues des BUDÔ ne peut en être épargné.
Ainsi voit-on apparaître des disciplines en harmonie avec les évolutions sociétales et comportementales. Elles allient la tradition et l’évolution actuelle. De BUDÔ, elles bâtissent un autre concept, une autre notion : BU HEIWA (« BU » attraper la lance et la déposer à terre, « HEIWA » construire la paix).
L’Aï-Doï, fondée par un Maître Zen, est un des exemples de cette évolution, de cette construction nouvelle qui ne rejette pas les traditions tout en les faisant évoluer afin de construire d’autres relations, d’autres manières d’être et d’agir : ancrées dans leur époque.
